|
Nissane, le premier mois du calendrier juif, accueille annuellement la fête de Pessah, commémorant la sortie d'Egypte. Cette fête printanière dure sept jours en Israël et huit en diaspora : le premier (le 15 du mois) et le dernier (le 21 du mois) étant ses deux temps forts. En Diaspora, ceux-ci sont prolongés d'un jour chacun, le premier grignotant sur le milieu de la fête, (Hol Hamoed), et le dernier prolongeant celle-ci d'un jour.
Les règles entourant Pessah étant très nombreuses et fort complexes, concentrons-nous rapidement, sur celles régissant le premier temps fort uniquement. La Torah a placé deux obligations importantes, l'une enjoint la consommation d'une quantité suffisante de« Matza » (pain azyme dénommé « pain de misère » par la tradition, du fait qu'il est fabriqué à partir de deux ingrédients seulement, farine et eau, sans levain), et l'autre - la lecture de la« Haggadah », (récit de la sortie d'Egypte). En effet, ces deux obligations ne peuvent être convenablement réalisées qu'à l'entrée du premier jour (en Diaspora, à l'entrée du deuxième également), d'où son importance. Par ailleurs, outre ces deux commandements positifs, il existe des interdictions spécifiques très strictes, marquant toute la durée de la fête, celles de consommer, de tirer profit ou de posséder du « Hametz » (pain levé fait à partir d'une des cinq sortes de céréales : blé, avoine, orge, seigle, épeautre). La possession du« Hametz » s'entendant au sens juridique du terme et non au sens physique. En effet, il n'y a aucune transgression d'avoir physiquement chez soi du « Hametz » appartenant à un non juif. A l'inverse, il y en a une d'avoir chez ce dernier du « Hametz » dont on est propriétaire, même loin de chez soi. C'est ce qui explique la possibilité parfaitement réglementaire (halachique) de pouvoir vendre (à travers les experts rabbiniques), aux non juifs, tous les produits pouvant être étiquetés « Hametz », afin de rompre tout lien de propriété avec eux, comme l'exige la Tora.
Entre misère et rédemption
« Prends garde au mois de germination [Nissane], pour célébrer la Pâque en l'honneur de l'Eternel, ton Dieu ; car c'est dans [ce] mois...que l'Eternel... t'a fait sortir d'Egypte, la nuit... Tu ne dois pas manger de pain levé... Durant sept jours tu mangeras...des azymes, pain de misère car c'est avec précipitation que tu as quitté le pays d'Egypte...» (Deut. 16).
Le Maharal de Prague, immense savant du 17e siècle, en citant ces quelques versets bibliques, s'étonne (dans « Gevourot Hashem») du lien, a priori incompréhensible fait par la tradition, entre la caractère « miséreux » du pain azyme et la majesté grandiose de la rédemption déployée dans la précipitation lors de la sortie d'Egypte.
Autrement dit, comment peut-on concilier les deux pôles contradictoires que sont la misère (à laquelle nous renvoie le dépouillement du pain azyme) et la liberté (marquée par la fin de l'esclavage en terre d'Egypte). En effet, ils sont incompatibles dit le Maharal, seulement le dépouillement même de la « matza » (juste un mélange de farine et d'eau cuit dans la précipitation avant qu'il n'ait le temps de lever), indique par sa simplicité intrinsèque l'absence de toute dépendance vis-à-vis d'autrui, tout comme le pauvre, de par sa pauvreté n'a à rendre de compte à personne.
L'instantanéité de la liberté acquise précipitamment au moment précis de la sortie d'Egypte est justement ce à quoi nous renvoie l'obligation de manger le soir du premier jour une quantité suffisante de «Matza», de pain « pauvre » : c'est un instant hors du temps que nous commémorons, il n'a pu avoir lieu que par une intervention divine directe, par la transcendance dépassant les lois physiques du monde telles que nous les appréhendons. Un peuple monothéiste au destin prodigieux, est né. Il fait désormais partie intégrante de l'économie divine.
Il aura encore besoin de recevoir la Tora, 50 jours plus tard au moment de la fête de Shavouot, pour donner un sens à sa vie et une terre pour s'y épanouir.
Sans Tora et sans terre, c'est le peuple qui tombe malade... Mais, sans ce dernier, il n'y a ni Tora d'Israël, ni terre d'Israël... Leshana Habaa Biyeroushalaïme... (L'année prochaine à Jérusalem).
|