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C'est une cause entendue : Steven Spielberg est un grand cinéaste. La liste Schindler est un chef d'oeuvre bouleversant et un classique de l'histoire du cinéma. Ceux qui diraient que le film ne traite pas de la Shoah mais se centre sur un homme qui a permis à d'autres êtres humains d'échapper à la Shoah me semblent se tromper de cible. La Shoah est partout présente, en creux, comme une douleur absolue et inextinguible dans le film. La liste Schindler s'achève en outre sur ce qui n'est pas la seule légitimité à l'existence d'Israël, mais qui est néanmoins l'une des légitimités : l'existence d'une patrie, d'un ultime refuge pour les Juifs persécutés ailleurs sur la planète, la concrétisation de l'idée de retrouvailles pour le peuple juif avec une patrie. Steven Spielberg a fait beaucoup aussi pour la mémoire de la Shoah et a produit des documentaires infiniment précieux pour que la mémoire ne se perde pas et que la trace ne s'efface pas.
J'ai chez moi plusieurs de ses documentaires, et je me fais un devoir moral absolu de les montrer à mes enfants et à ceux qui m'entourent. Il se trouve que, par ailleurs, Steven Spielberg est aussi un homme de gauche, voire un homme très à gauche (après une rencontre avec Fidel Castro, il n'a pas hésité à déclarer que sa rencontre avec le dictateur cubain faisait partie des « moments les plus importants de sa vie »), et ce, dans un contexte de travail -Hollywood- qui est lui-même traversé depuis quelques années par une dérive gauchiste. Le résultat des convictions très à gauche de Steven Spielberg et de la dérive gauchiste de Hollywood ne pouvait que se concrétiser un jour et rentrer en contradiction avec la relation de Spielberg avec la Shoah et Israël. C'est chose faite avec le film Münich. Et je dirai ici que Münich est davantage qu'une erreur : une mauvaise action. Faire un film sur la prise d'otage organisée par des terroristes palestiniens lors des Jeux Olympiques de 1972 pouvait être une bonne idée.
Cette prise d'otage est, de fait, l'un des actes fondateurs du terrorisme moderne. Traiter de la traque par le Mossad des commanditaires de la prise d'otage susdite pouvait aussi être une bonne idée : souligner qu'un crime, qu'on en soit l'auteur ou le commanditaire, mérite châtiment ne peut que donner à penser aux criminels et permettre aux honnêtes gens de se voir rappeler que le crime ne paie pas. Spielberg, malheureusement gaspille ces deux bonnes idées et leur préfère une très mauvaise pensée, celle qui place le criminel et celui qui porte la justice sur le même plan et qui, au nom d'un nauséeux relativisme moral place les terroristes et ceux qui les éliminent sur un pied d'égalité. En préférant cette mauvaise pensée, Spielberg fait pire encore, puisqu'il délégitime l'existence même de l'Etat d'Israël et contribue à une falsification de l'histoire.
De fait : les victimes de la prise d'otage ne sont pas humanisés, présentés comme des êtres de chair et de sang avec lesquels le spectateur pourrait s'identifier. Les agents du Mossad sont un peu plus humains, mais seulement en ce que le remords de se conduire eux-mêmes comme des criminels les rongerait.
Les commanditaires du terrorisme sont, eux, montrés comme des gens cultivés, aimants et ne sont pas présentés sous leur visage bestial qui est pourtant ce qui justifie leur élimination. Difficile pour le spectateur de ne pas éprouver un minimum de sympathie pour eux et un minimum d'antipathie pour qui les tue.
L'intransigeance israélienne apparaît comme ne laissait aux «Palestiniens » pas d'autre issue que la violence.
De fait : le discours sous-jacent à l'ensemble du film est celui de la propagande anti-israélienne la plus primaire. Israël est présenté comme ayant été créé sur des terres volées à leurs anciens occupants (ce qui justifie, bien sûr, la frustration et la violence de ceux-ci). L'intransigeance israélienne apparaît comme ne laissant aux «Palestiniens » pas d'autre issue que la violence. La riposte israélienne est elle-même présentée comme vaine, contre-productive et ne faisant qu'alimenter le « cycle de la violence ». De fait : le personnage central du film, finissant par discerner qu'il s'est placé au service d'une cause absurde et viciée finit, geste significatif, par quitter Israël et s'installer dans ce qui pourrait apparaître comme une terre plus légitime pour un Juif désireux de vivre en paix : Brooklyn, Etats-Unis d'Amérique. Le scénariste, Tony Kushner, est non seulement, comme Spielberg, un homme très à gauche, mais un antisioniste convaincu. Peut-être Spielberg a-t-il pensé utiliser Kushner : au vu du résultat, je dirais que c'est plutôt Kushner qui a utilisé Spielberg.
Les auteurs de la sanglante prise d'otage de 1972 ont réussi à faire connaître planétairement le terrorisme palestinien. Ils ne sont pas parvenus à lui donner une légitimité.

En faisant Münich, volontairement ou involontairement, Spielberg aurait bien pu, si nul n'avait protesté, réussir là où les terroristes ont échoué. Malgré les protestations, la mauvaise action qu'a été la réalisation de Münich pourrait bien ne pas être sans conséquences. Et impliquer qu'on demande à Spielberg de retrouver le sens de la dignité qui a fait de lui, jusque là, quelles que soient par ailleurs ses idées, un homme respectable.
Titre : Munich
Sortie(s) : 25 janvier 2006 (France)
23 décembre 2005 (USA)
Titre original : Munich
Genre : Drame
Durée : 2h44
Pays : USA
Réalisé par : Steven Spielberg
Acteurs :
Eric Bana, Daniel Craig, Geoffrey Rush, Mathieu Kassovitz, Hanns Zischler, Ayelet Zorer, Lynn Cohen, Ciarán Hinds, Yvan Attal, Mathieu Amalric... |
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