Le retour aux sources
C'est en pleine commémoration du soixantième anniversaire de la libération du camp d'extermination d'Auschwitz, que Jean-Pierre Foucault et Jérôme Clément ont choisi de révéler leurs origines juives. Avec respectivement « Le sourire aux larmes » et « Plus tard tu comprendras », les deux auteurs livrent un aspect caché de leur personnalité.
Deux livres, deux témoignages, deux parcours similaires, vécus à la même époque. Celle de la deuxième guerre mondiale et des relations ambiguës entre les Juifs et la France. Des Juifs qui ont pour la plupart tout perdu pendant cette période sombre de l'histoire contemporaine, famille, identité, dignité et qui ont tout simplement voulu oublier leur origine. Des silences lourds, des secrets enfouis au fond d'un grenier, des non-dits pesants. Des Juifs pour qui ressasser le passé ne servait à rien, si ce n'est rouvrir des plaies qui avaient eu tant de mal à se refermer. Le ou les rares survivants de cette ignominie ont préféré oublier leurs racines, peut-être par solution de facilité ou parce qu'ils ne se sentaient plus le courage de repartir à zéro, en ayant pris soin au préalable de dissimuler les moindres petits détails qui rappelleraient le passé.
C'est justement le thème du nouveau livre de Jérôme Clément, « Plus tard tu comprendras ». Comprendre ce que les anciens ont volontairement caché, rassembler toutes les pièces d'un puzzle trop longtemps inachevé. Le directeur de la chaîne franco-allemande Arte se livre ici à un véritable exercice de style. Généralement très discret, l'auteur parvient sans trop de difficulté dans cet ouvrage à se remettre en question. « Je m'étais toujours demandé ce qu'il y avait á comprendre. Je croyais, orgueilleux, avoir déjà tout compris » explique Jérôme Clément. Il faut souligner que si Clément révèle son secret un peu tard, c'est parce qu'il n'a pas eu tout simplement la possibilité de le savoir au préalable. « Il me restait pourtant l'essentiel; tenter de répondre à la question qui est cette femme qui m’a aimé, que j'aime et qui m'a donné la vie ».
L'histoire d'une jeune juive parisienne, née de parents russes, qui a vu un jour son bonheur brisé par l'horreur de la guerre.
« Vivante, c'était ma mère. La source et la clef de ma vie. Morte, c'est une femme qui a vécu, avant moi, une autre vie » précise l'auteur. Il faut comprendre à travers ce livre que Jérôme Clément ne cherche absolument pas à faire le procès de sa mère, bien au contraire. Une femme, qu'il aime et qui semble après sa mort avoir laissé un grand vide dans la vie du directeur d'Arte. Même s’il ne cache pas qu'il se considère davantage catholique, Clément se sent rattrapé par le passé et reconnaît ici ses origines juives. Une occasion à travers ce livre de se (re)construire un présent en puisant dans son passé.
Changement de décor.
Restons au cœur de cette époque de la deuxième guerre mondiale avec le nouveau livre de Jean-Pierre Foucault “Le sourire aux larmes”. Le présentateur vedette de TF1 nous livre également ses mémoires dans lesquelles il revient, à l'instar de Jérôme Clément, sur ses origines juives. Foucault précise avoir attendu d'être prêt pour écrire ce livre, dans lequel il parle de l'assassinat non élucidé de son père, résistant respecté devenu plus tard homme d'affaires, et de sa mère, une juive polonaise, unique rescapée d'une famille décimée par la barbarie nazie.
Un passé si douloureux, qu'elle n'a jamais voulu l'évoquer à ses proches et qu'elle a enfoui dans un lobe lointain de sa mémoire.
Plusieurs dizaines d'années ont passé et il aura fallu du temps à Jean-Pierre Foucault pour savoir, réaliser et donc comprendre les secrets de sa mère, « ce petit bout de femme qui a dû à 20 ans affronter l'innommable en fuyant le nazisme » s'émeut l'auteur avant d'ajouter « Il était temps pour moi de mettre tout cela sur la table, les joies comme les tristesses. Je voulais aussi que mes enfants connaissent leur histoire et soient fiers de leur grand-mère ».
Il semble que Foucault ait ressenti un besoin vital de révéler son origine juive car l'animateur a affirmé qu'il sentait que quelque chose de particulier se passait dans sa vie, sans qu'il puisse l'expliquer.
Et sa fille d'ajouter, pince sans rire « Mon père de toute façon, a toujours été un petit peu mère juive avec nous. Il nous appelle quatre fois par jour pour savoir si tout va bien ».
« Fais et tu comprendras ».
Le présentateur a déclaré au “Parisien” qu'il ne cherchait pas à faire du sensationnel ni même de la publicité pour se vendre et qu'il espérait que les lecteurs soient capables de faire la différence. Il faut noter que ces deux ouvrages surfent en ce moment sur une vague de livres-confessions et que les deux auteurs risquaient de tomber dans un phénomène de mode. Mais sans vouloir amoindrir la portée des livres proposés actuellement par Roger Hanin ou encore Philippe Candelero, le sujet commun traité par Jérôme Clément et Jean-Pierre Foucault mérite réflexion. Parce que les deux hommes sont des professionnels de l'audiovisuel, des hommes consensuels qui risquent sans doute d'en surprendre plus d'un en révélant leur origine juive. Les deux auteurs ont senti le besoin de s'exprimer, d'affirmer leur identité. Que cherchaient-ils à se prouver ? Se sont-ils concertés avant d'écrire leur livre ? Il semble que non mais ces derniers, sans le savoir, répondent à une certaine morale juive, « Fais et tu comprendras ». Un précepte qui représente depuis des millénaires la base de tout enseignement juif et qui a peut-être contribué à mener à bien leur projet. Un exercice réussi puisque selon Frédéric Papet, attaché de presse de la maison d'édition Calmann-Lévy qui publie le livre de Jean-Pierre Foucault, les derniers chiffres parlent de 100000 exemplaires vendus lors de la première semaine de parution, ce qui constitue le record actuel depuis le début de l'année 2005. Une reconnaissance qui est sans doute dûe à la notoriété de l'animateur vedette, mais il reste à savoir désormais si d'autres personnes connues vont avoir le courage de révéler leur origine juive dans une période médiatique plutôt hostile. S'agit-il donc de deux cas isolés ou d'un réel fait de société, l'avenir le dira.
|