Publié le: mar, août 14th, 2012

En France, trente ans après, l’attentat de la rue des Rosiers reste impuni

Par Claire Arsenault

Le 9 août 1982, un petit groupe d’hommes fait irruption dans un restaurant de la rue des Rosiers, à Paris. Ils ouvrent le feu et jettent une grenade au milieu des dîneurs attablés dans cet établissement réputé pour sa cuisine juive d’Europe de l’Est. Six personnes sont tuées, vingt-deux blessées et, trente ans après, les auteurs et commanditaires de cet attentat courent toujours. 

Comme d’habitude, à l’heure du déjeuner, le restaurant « Chez Rosenberg » affiche complet ce 9 août 1982. Il est 13H10 lorsque déboule un petit groupe, entre deux et cinq membres selon les témoignages, devant le numéro 7 de la rue des Rosiers, en plein cœur de Paris. Les hommes, certains cagoulés, s’engouffrent aussitôt dans le restaurant de Jo Goldenberg où ils lancent une grenade avant de s’enfuir en lançant une autre grenade dans la rue et en tirant au pistolet-mitrailleur WZ 63 sur les passants. Les auteurs de la fusillade s’échappent à pied et se perdent rapidement dans les petites rues du quartier du Marais… Les secours dépêchés sur place dénombreront six personnes mortellement atteintes, et 22 blessés, dont certains le sont gravement.

Trente ans après le plus grave attentat antisémite commis en France depuis 1945, aucun auteur ni commanditaire n’a été formellement identifié et a fortiori, arrêté. La population est choquée par cette deuxième attaque qui vise la communauté juive française après l’explosion d’une bombe devant la synagogue de la rue Copernic, toujours à Paris, qui a fait quatre morts le 3 octobre 1980. 

Un attentat jamais revendiqué

Le juge antiterroriste Jean-Louis Bruguière est chargé de l’enquête. Il privilégie tout de suite la piste du Fatah-Commandement révolutionnaire, une organisation dissidente de l’OLP (Organisation de libération de la Palestine), antisémite et radicale et dirigée par le Palestinien Abou Nidal. Malgré les moyens mis en œuvre, les investigations du juge n’aboutissent pas. Mais le fait que l’attentat de la rue des Rosiers n’ait jamais été revendiqué alors qu’Abou Nidal le faisait systématiquement pour toutes ses actions, a laissé planer le doute sur son auteur. Non seulement Abou Nidal n’a pas revendiqué cette attaque mais il a même nié en être l’instigateur. C’est par ailleurs en réaction à cet attentat, qu’allait être mise sur pied la cellule antiterroriste de l’Elysée dont la direction avait été confiée à Christian Prouteau par le président François Mitterrand.

Le pouvoir socialiste installé depuis un peu plus d’un an avait d’ailleurs été accusé d’être en partie responsable de ces actions terroristes. En pleine guerre du Liban, d’aucuns reprochaient en effet la prise position de la France en faveur de l’OLP, une option qui expliquait selon eux, au moins en partie, les attentats de la rue des Rosiers et de la rue Copernic.

En 2008, un documentaire de Thierry Vincent diffusé à la télévision, sur Canal +, s’appuie sur la thèse d’un ancien officier français des renseignements généraux qui soupçonne deux terroristes néonazis. Ces deux hommes, Odfried Hepp et Walter Kexel sont recherchés à l’époque par la police allemande pour plusieurs attentats. Ils ont été identifiés se rendant à Metz, le 7 août 1982, chez un néonazi notoire placé sur écoute par la police.

La piste néonazie

Sur les bandes son enregistrées à Metz, il est établi, affirme le documentaire, que Hepp et Kexel se sont rendus à Paris le 8 août, la veille de la fusillade rue des Rosiers. Troublant, les portraits-robots de deux des tireurs correspondent aux descriptions de certains témoins qui parlent d’hommes de « type européen ». Dans le documentaire, Hepp (ancien membre du Front de libération de la Palestine et ex-agent de la Stasi) toujours en vie, admet que son compagnon de l’époque, Kexel suicidé en 1985, aurait bien pu être l’auteur de la fusillade…

Pourtant en 2011, le juge d’instruction antiterroriste Marc Trévidic, identifie deux des hommes du commando. Il s’agit de deux Palestiniens mais qui ne sont pas près d’être jugés en France. Réfugiés en Jordanie, les deux hommes soupçonnés d’être les auteurs de l’attentat de la rue des Rosiers, ne peuvent pas en effet être extradés.

Trois décennies après les faits, les pistes suivies se perdent les unes après les autres. Dans le quartier du Marais, les traces de l’attentat s’effacent. Le restaurant de Jo Goldenberg a fermé ses portes en 2006, remplacé par une boutique de vêtements, en 2010. Seule une plaque commémorative, apposée en 2011 en remplacement de la précédente inaugurée en 1983 par François Mitterrand et disparue en 2007, conserve la mémoire de cet évènement tragique.  

La mort d’Abou Nidal « suicidé de plusieurs balles » à Bagdad en 2002, vient clore le mince espoir que pouvaient encore avoir ses victimes de le voir un jour jugé. Avec sa disparition, se termine aussi une époque où le terrorisme était binaire : d’un côté les Etats victimes, de l’autre les commanditaires.

 

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