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J’embarque à l’aéroport Ben Gourion pour Paris en ce dimanche matin avec quelques rares vêtements (ah, ces soldes parisiens) mais soulagé et lesté toutefois d’un bagage tout à fait inespéré, un cessez-le-feu tout frais, décrété unilatéralement par Israël. Quelques jours plus tôt, j’avais fait découvrir au Consul de Côte d’Ivoire en Israël, abasourdi, les gaietés des roquettes palestiniennes tombées sur les jardins d’enfants d’Ashdod, réputés mondialement comme étant de sinistres refuges de terroristes israéliens. Arrivé à Paris, je tenterai avec succès, dopé par l’armistice, un premier pas dans le rapprochement israélo-arabe car le service de l’agréable employée de location de voitures, une certaine Karima, ne semble en rien affecté, en apparence, par ma provenance très largement sioniste. Je ne peux m’empêcher de penser alors à Shimon Peres qui a toujours jugé que les échanges économiques transcendaient admirablement l’idéologie au profit de la paix. En d’autres termes, faisons des affaires, cela évitera de nous taper dessus.
Paradoxalement, je me suis fait accompagné par deux arabes, célèbres, dans mon déplacement hexagonal ; le premier un journaliste, un certain Magdi Allam dont j’ai emporté le livre ‘Pour que vive Israël’ qui est une merveilleuse invite à redécouvrir que finalement, nous Juifs et Israéliens, nous demeurons le sel de la terre ce dont je doutais largement à la lueur -glauque- de la déflagration antisémite qui a embrasé une partie du globe pendant la Guerre de Gaza. Cet égyptien converti au catholicisme et à la dolce vita italienne ne possède pas son pareil pour flatter notre ego mosaïque et levantin et rappeler avec une verve certaine que ce globe ne saurait justement subsister si le Judaïsme et ses valeurs de vie n’étaient pas respectés. Evidemment, le bonhomme collectionne les fatwas et partant de solides gardes du corps payés par Berlusconi.
Le second arabe est un Imam, l’Imam, libéral, de Drancy, Hassen Chalghoumi, duquel j’avais sollicité de Jérusalem un entretien et qui ne m’avait pas encore répondu au moment où je foulais le tarmac de l’aéroport Charles De Gaulle. J’ai cru un moment qu’être interviewé par un journaliste israélien lorsque l’on prône le rapprochement des peuples au cœur de banlieues largement gazaouies, représentait peut-être le comble d’une provocation dont il préférait s’abstenir. Pas plus que ces deux hommes me permettent de ne pas désespérer de l’humanité, je ne désespère d’obtenir ce rendez vous avec celui que je considère comme un martien : un musulman qui non seulement ne déteste pas les Juifs mais les estime au point de prendre un conseiller juif et de fêter Hanoukka avec la communauté juive. Ce conseiller juif m’apprendra qu’il a conseillé, puisque tel est son métier, à l’imam, en proie aux mêmes fatwas ravageuses, de ne pas répondre aux demandes d’interview de medias israéliens. Il me semble que ce refus constituera l’unique victoire du Hamas en un mois. Ce même Hamas que j’entendrais claironner que Tsahal n’aurait éliminé que 48 hommes armés pendant toute l’opération ‘Plomb Coulé’ alors qu’une photo de Reuters assorti d’un reportage sanglant d’Al Jazirra nous en avait montré 80 qui avaient trépassé le premier jour de la guerre sous l’effet d’une seule bombe. La comptabilité ne fait décidément pas bon ménage avec la guerre et il ne me surprendrait pas que certains des 1300 tués palestiniens ne reviennent rapidement à la vie par la grâce d’une véritable enquête. Je ne peux m’empêcher de penser à Septembre noir, quelques jours avant la Guerre de Kippour, quand la légion arabe et le Roi de Jordanie massacrèrent en dix jours 5000 Palestiniens sans soulever la moindre protestation internationale. Hussein avait alors des excuses, Cnn n’existait pas.
Quelque peu fatigué par le voyage vers la civilisation, je m’installerais le soir devant la télévision et la fameuse et si réaliste Liste Schindler au terme de laquelle on annoncera la programmation pour le surlendemain d’un film tiré de la vie de Jérôme Clément, le patron d’Arte, dont on sait qu’il découvrit sa judaïté sur le tard. Ces Juifs seraient-ils donc partout !
Ces Juifs sont peut être partout, -d’ailleurs il faudrait peut-être qu’ils cessent de glaner autant de prix Nobel afin de contenir les jalousies justifiées- partout certes, disais-je, mais pas autant que les Tchadors parisiens qui sont aussi nombreux que sont rares les places de stationnement libres dans la capitale française. Ces tchadors, dont on peut trouver dans les magasins une version en poupée Barbie drapée, tapis de prière compris, apparaissent immanquablement à chaque coin de rue accommodés élégamment avec un jeans Parasuco ou un haut Diesel. Ces tchadors me choquent parce que paradoxalement ils ne me choquent plus, comme si ils avaient pris place et s’étaient installés dans le paysage parisien pour en devenir un élément presque naturel. Le multiculturalisme a fait son chemin dans un Paris triste où il semble encore fait nuit à neuf heures du matin et où les boucheries ‘hallal’ ont supplanté les bonnes vieilles charcuteries traiteur.
Un multiculturalisme si pénétrant et quelque menaçant qui poussera une amie éditrice à se battre la coulpe devant moi et à se demander ‘pourquoi Mon Dieu’ ne possédait-elle toujours pas son passeport israélien, en oubliant que pour gagner au Loto, la première condition était d’y jouer.
Paris
Tiens, surprise, la Samaritaine est toujours là, veillant paisiblement sur le Pont neuf où des badauds coiffés de chapka élégantes me font soupçonner que le réchauffement (en l’occurrence le refroidissement) climatique a déjà frappé.
Dans un Paris qui m’a vu naitre, et où les pizzerias sont aussi remplies que les synagogues le chabat, je ne peux m’empêcher de me sentir désormais étranger et seul comme la communauté juive le deviendra bientôt, amère peau de chagrin égarée dans un océan de rouge- noir-vert. Je n’irais évidemment pas dire avec Sartre que c’est l’antisémite qui fait le Juif mais gagné soudainement par un brin d’optimisme dans une Rue des Rosiers glacée je me demande si cette haine si puissante, cet antagonisme anti-judaïque si prompt à se déclarer, ne serait pas l’hommage, certes violent, du vice à la vertu. Devrions-nous appeler de nos vœux, nous Juifs ou Israéliens, le mensonge médiatique d’en face, la folie islamiste, qui seraient un moteur idéal à l’affermissement et au rappel de nos valeurs un peu comme ces enfants devenus prodiges et dont la seule motivation ne consistait qu’en un malheureux complexe d’infériorité. Comme ces vaccins qui ne sont en fait composés qu’avec les molécules de la maladie qu’ils sont censés combattre.
Barack Obama est devenu président. Je l’avais presque oublié celui-là.
André Darmon
Journaliste, écrivain
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